SAFPTR – AUTONOME ET LIBRE • FONCTION PUBLIQUE TERRITORIALE
Stop à la polyvalence à outrance !
Nos métiers ne sont pas une variable d’ajustement.
Dans nos collectivités, un mot est devenu magique. On le retrouve dans les organigrammes, dans les entretiens professionnels, dans la bouche des encadrants quand un poste reste vacant : polyvalence. Présenté comme une richesse, comme une preuve d’adaptabilité, ce mot cache en réalité une tout autre logique. Celle d’une gestion au rabais, où l’agent devient la variable d’ajustement d’un service public qu’on assèche année après année.
Le SAFPTR le dit clairement : un agent n’est pas un couteau suisse.
Le constat dans nos collectivités
Sous couvert de « mutualisation » et de « souplesse », la polyvalence imposée est devenue l’outil principal pour pallier le manque de moyens et le non-remplacement des départs.
La mécanique est toujours la même. Un collègue part à la retraite : il n’est pas remplacé. Un congé maladie s’éternise : on ne recrute pas. Un service perd un poste au budget : on « redéploie ». Et à chaque fois, ce sont les agents en place qui absorbent la charge. On leur ajoute des missions qui n’étaient pas les leurs, sans formation adaptée, sans temps supplémentaire, sans reconnaissance.
Ce n’est pas de la polyvalence. C’est du colmatage.
Et il faut le nommer pour ce qu’il est : une décision de gestion, prise en connaissance de cause, dont le coût est intégralement reporté sur celles et ceux qui font tourner le service public au quotidien.
Les conséquences directes pour les agents
1. Le glissement de tâches systématique
C’est sans doute la dérive la plus grave, parce qu’elle est la plus silencieuse. Des agents de catégorie C exécutent aujourd’hui des missions relevant clairement des catégories A ou B. Rédaction d’actes, suivi budgétaire, encadrement de fait, gestion de dossiers complexes : les responsabilités montent, mais ni la reconnaissance statutaire ni la revalorisation financière ne suivent.
Le cadre d’emplois n’est pas un détail administratif. C’est la garantie qu’un travail donné correspond à un niveau de qualification, de responsabilité et de rémunération. Le contourner en permanence, c’est vider le statut de son sens — et c’est faire travailler des agents gratuitement au-dessus de leur grade.
2. Épuisement et risques psychosociaux
Être partout, c’est n’être nulle part. La dispersion permanente sur tous les fronts génère une surcharge mentale continue : on jongle, on priorise dans l’urgence, on laisse forcément quelque chose en plan. À cela s’ajoute une chose plus insidieuse encore : la perte de sens au travail.
Beaucoup d’agents ont choisi un métier. Ils se retrouvent à faire dix choses à moitié, sans plus reconnaître ce pour quoi ils s’étaient engagés. Fatigue chronique, irritabilité, arrêts qui se multiplient, agents qui « craquent » : les risques psychosociaux ne sont pas une fragilité individuelle, ils sont la conséquence directe d’une organisation défaillante.
3. La dégradation du service public
Vouloir tout faire vite conduit à ne plus pouvoir rien faire bien. Les délais s’allongent, les erreurs se multiplient, les usagers attendent, la relation se tend aux guichets.
Cette gestion au rabais a donc deux victimes : les agents, et le public qu’ils servent. Défendre nos conditions de travail, c’est défendre la qualité du service rendu à la population. Les deux sont indissociables.
Nous revendiquons haut et fort
Face à cette situation, le SAFPTR porte des exigences claires et réalistes :
✓ Le respect strict des fiches de postes et des cadres d’emplois ou du contrat. La fiche de poste n’est pas une suggestion : c’est le cadre de la relation de travail.
✓ Des recrutements pérennes à la hauteur des besoins réels des services. Un poste qui produit du travail est un poste qui doit exister au tableau des effectifs.
✓ À travail égal, salaire et qualification reconnus. Si un agent exerce durablement des missions d’un niveau supérieur, cela doit se traduire en avancement, en promotion interne et en rémunération.
✓ Des formations qualifiantes et choisies, pas du bricolage quotidien. Apprendre un métier ne se fait pas en dépannage entre deux dossiers.
Ne restons pas isolés
Chaque agent qui accepte seul, dans son coin, une mission qui n’est pas la sienne rend la dérive un peu plus normale. À l’inverse, chaque situation signalée, tracée, portée collectivement devient un point d’appui.
Notez ce qui vous est demandé hors de votre fiche de poste. Signalez les glissements de tâches. Faites remonter les situations de surcharge. Et surtout, ne restez pas seul face à votre hiérarchie.
DEMANDONS LE RESPECT DE NOS MÉTIERS ET DE NOS STATUTS !
Non à la dégradation de nos conditions de travail.
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